Le dessin d’enfant

Le dessin d’enfant

SOMMAIRE

  • Introduction
  • I – Le développement du dessin chez l’enfant

Les stades de l’évolution du dessin enfantin selon Luquet

Première phase : le réalisme fortuit

  • Deuxième phase : le réalisme manqué
  • Troisième phase : le réalisme intellectuel
  • L’approche de Widlöcher

Le début de l’expression graphique

  •                     Le stade du gribouillage
  •                           Les débuts de l’intention représentative
  • De l’intention représentative accidentelle au réalisme intellectuel

Le stade du réalisme enfantin

  • L’évolution vers le réalisme visuel
  • II – Comprendre l’enfant grâce au dessin

Représentation interne et pédagogie

Le type

12                                Le modèle interne

La pédagogie du dessin

  • La pédagogie par le dessin

15                    L’interprétation des dessins

Les traits

La gestion de l’espace

16                                                                Les couleurs

17                                Le sensoriel et la rationnel

Exemple d’interprétation : l’enfant et sa famille

18                                Quelques exemples de signes pathologiques

Les limites de l’interprétation

20    Conclusion

Après avoir examiné ces deux points de vue, on peut remarquer que l’évolution du dessin dépend à chaque fois du développement d’une capacité particulière chez l’enfant : Tout d’abord sur le plan de la motricité, puis de la concentration, de l’attention et de la perception des choses. Le dessin enfantin évolue donc en parallèle avec le développement personnel de l’enfant.

Ainsi, même si tous les enfants semblent passer par les mêmes stades et dans le même ordre, on ne peut définir d’âges précis pour chaque stade ; chacun se développant à son rythme, l’évolution du dessin diffère suivant les enfants

II – Comprendre l’enfant grâce au dessin

Cette deuxième partie va nous permettre de mieux comprendre l’enfant grâce aux analyses qui peuvent être faites sur ses dessins. Tout d’abord nous verrons comment l’enfant perçoit ce qui l’entoure pour ensuite le représenter, puis les aspects pédagogiques du dessin. Enfin nous verrons plus concrètement, quelques outils pour interpréter les dessins d’enfant.

Représentation interne et pédagogie

Avant de dessiner, l’enfant doit avoir une représentation mentale de l’objet qu’il veut reproduire. On se demande alors s’il perçoit les choses qui l’entourent de la même façon que l’adulte. Dans son livre « le dessin enfantin » Luquet donne une part de réponse grâce à ses notions de « type » et de « modèle interne ».

Le type

Le type regroupe plusieurs dessins d’un même dessinateur, ayant le même motif. Durant l’évolution de l’enfant, le type aura une certaine conservation et des modifications. La conservation du type est par exemple le bonhomme qui sera représenté par les jeunes enfants avec un rond pour la tête, deux traits verticaux pour les jambes et deux horizontaux pour les bras. Cette conservation empêche en quelque sorte à l’enfant de voir les erreurs de ces dessins et d’accepter les conseils de l’adulte quand à ses représentations. Il ne tient pas compte des remarques qu’on lui fait, ou si il les accepte, elles seront présentes dans son prochain dessin et oubliées ensuite. De même il se peut que l’enfant crée lui même des modifications (qui lui font se rapprocher de la réalité) mais elles ne seront à ses yeux que des maladresses qu’il ne retiendra pas dans ses prochains dessins. Heureusement certains facteurs apportent des détails supplémentaires qui seront conservés (conservations secondaires). Petit à petit l’enfant se confronte à la réalité, remarquant des détails qu’il n’avait pas vus auparavant, les reproduisant. Ou encore en confrontant ses dessins à ceux de son entourage et en copiant les détails pertinents qu’il ne réalisait pas avant.

Le modèle interne

En relation avec le type, le modèle interne de Luquet est la représentation  intellectuelle des objets et des idées. Avant de dessiner, l’enfant se représente mentalement l’objet sous différents profils et en ressort les caractéristiques qui ne sont cependant pas réalistes une fois sur le papier. Un exemple de Luquet est particulièrement parlant ; dans un dessin d’après nature, une fillette de 7 ans ½ a dessiné un bobine de fils qui est représentée par trois points de vue différents, de profil pour le cylindre central, de face pour chacune des extrémités avec les deux rondelles terminales percées. Et c’est par cette représentation qu’on peut reconnaître ce qu’a voulu dessiner cette petite fille. Si elle avait simplement dessiné de profil cette bobine, on aurait vu qu’un deux en chiffre romain : II. Ce modèle interne est très présent dans les dessins, car c’est lui qui est représenté dans les dessins de mémoire. Et Luquet s‘est aperçu que même avec un modèle  le dessin reste très proche du dessin de mémoire, avec les mêmes caractéristiques. L’enfant reste donc proche du réalisme intellectuel et non au réalisme visuel. L’enfant peut cependant copier un dessin avec beaucoup de précisions et de ressemblances, mais c’est souvent parce qu’il ne comprend pas l’objet en question et qu’il copie juste une suite de traits. Si par contre on lui présente un dessin de quelque chose qu’il reconnaît mais que son modèle interne diffère, il va d’après Luquet, reproduire son modèle interne et non le dessin de départ, et il n’y aura donc plus autant de ressemblances.

D’après la théorie de Luquet, on peut penser que les dessins des enfants ne se développent pas très vite puisqu’ils ne prendraient pas souvent en compte les avis extérieurs. Pourtant il doit y avoir des méthodes plus ou moins efficaces pour les aider dans ces représentations et notamment pour les aider à passer dans les différents stades qu’on a vus en première partie.

La pédagogie du dessin

Au XIXe siècle l’enseignement du dessin était rigide, on apprenait aux jeunes à copier d’une façon très stricte, réaliste, sans aucune personnalisation. Depuis il y a eu une opposition à ce système d’enseignement et le copiage fut rejeté. L’apprentissage par la copie était pour certains, une atteinte à la liberté, et le dessin peut être un moyen d’expression comme la parole. Howard Gardner explique dans son livre « gribouillage et dessins d’enfants » que pendant longtemps en Europe, on considérait que le développement artistique de chacun est un processus naturel. Ce qui implique qu’on n’a pas besoin d’apprendre à dessiner et encore moins par le copiage. En effet comme on l’a vu avec Luquet, le passage dans les différents stades étudiés semble être spontané et régulier en relation avec l’âge de l’enfant. Gardner se questionne alors sur les effets du copiage. Doit-on laisser l’enfant se développer seul dans ce domaine ? Ne peut-on pas l’aider à faire ce qu’il veut sans l’aliéner ? Et si oui, par quelles méthodes ? Doit-on lui présenter une variété de modèles ou une seule sorte ? Enfin, doit-on l’encourager ou même l’autoriser à copier ?

Picasso a dit  « Avant je dessinais comme Raphaël, mais il m’a fallu toute une existence pour apprendre à dessiner comme les enfants ». Raphaël est un peintre classique et ses œuvres sont très fidèles à la nature. Pour Picasso, apprendre à dessiner (en copiant la réalité) c’est s’éloigner de la vision naïve comme celle que peut avoir un enfant, et c’est au contraire de celle-ci qu’il veut se rapprocher.

Par contre Brent et Marjorie Wilson, deux éducateurs de l’université de Pennsylvanie, approuvent le copiage. D’après eux, la copie a toujours été le principal moyen par lequel un artiste doué est parvenu à la maîtrise de son art. Ils ont fait une étude sur un jeune garçon qui recopiait des modèles d’un super héros. Il s’exerçait à les dessiner avec différentes positions, mais toujours avec un livre sous les yeux. Finalement il a un jour inventé une posture pour ce personnage qu’il n’avait jamais vu. Il n’en est pas resté au simple stade de reproduction, cet exercice de copie a était bénéfique pour lui.

On a vu plus tôt avec Luquet que quand on fait copier quelque chose à un enfant, il a tendance à ne pas trop regarder le modèle et à dessiner le schéma mental qu’il a déjà de ce modèle, et sa copie sera alors non conforme au dessin proposé. Mais si on le fait se concentrer jusqu’à laisser de côté son modèle interne, le résultat sera surprenant, et il acquerra petit à petit la capacité d’observer les détails et d’être précis dans ces représentations. L’enfant est sans cesse demandeur de modèles et Gardner ne pense pas que cette méthode ait des conséquences désastreuses et qu’elle a même des résultats satisfaisants. Cependant, il modère ses idées, il ne faut pas que le copiage prenne une place trop importante dans l’apprentissage du dessin. Il peut avoir deux utilisations : soit pour des reproductions au détail près, où il y a absence de toutes personnalisation ; soit comme une aide pour ensuite créer avec une manière de faire.

Florence de Mèredieu dans « le dessin d’enfant », parle du rôle de l’école pour le dessin. Elle remarque alors que les dessins de l’enfant changent souvent lors de son entrée à l’école. L’enfant sort du milieu familial et se confronte à d’autres groupes, où on lui demande de s’intégrer. Widlöcher dans « l’interprétation des dessins d’enfants » propose une méthode d’enseignement du dessin en reprenant certaines idées de Luquet. En laissant l’enfant complètement libre et sans travail critique, on ne l’aide aucunement. Il faudrait au contraire apprendre à l’enfant à s’auto critiquer. On le fait s’interroger sur les corrections qu’on peut faire pour enlever les erreurs de représentations de son dessin. On apprend petit à petit à l’enfant une forme d’expression, qui peut être du coup un outil pour les enseignants, dans les apprentissages.

La pédagogie par le dessin

Un des but de l’enseignant est de développer le sens de l’observation et d’aider l’enfant à assimiler des connaissances à partir de données orales ou écrites. Il faut le faire s’intéresser à des choses auxquelles il n’aurait pas fait attention. Ce sont ces connaissances que l’enfant va représenter dans le dessin, et grâce à ceux ci, on peut contrôler la compréhension de l’enfant.

Pour savoir comment le dessin pouvait être utilisé à l’école, j’ai demandé à un professeur des écoles de me faire part d’une démarche particulière avec sa classe de maternelle, regroupant des enfants de 3 à 5 ans. Je voulais savoir comment elle l’utilisait comme outil pédagogique.

Elle m’a donné l’exemple d’une de ces séances qui utilisait le dessin pour vérifier la compréhension des élèves sur un texte oral. Il était ce jour là un support au langage.

Les enfants avaient comme consigne de dessiner le moment qu’ils préfèreraient dans l’histoire après lecture. L’institutrice a lu l’histoire sans montrer les illustrations et sans faire de commentaires. L’objectif était de mettre en forme l’image mentale qu’ils ont en écoutant une histoire et qu’ils se concentrent sur la compréhension du texte.

Le livre s’intitulait « Pélagie la sorcière ».Il est question d’une sorcière qui vit dans un château noir avec son chat noir. Mais ne voyant jamais celui-ci à cause de sa couleur identique au château, après plusieurs essais, la sorcière décide de repeindre son château de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.

Le dessin de chaque enfant ne suffisait pas, il a fallu demander à chacun ce qu’il a voulu dessiner. Un enfant n’avait pas dû comprendre et a dessiné ses parents, ainsi qu’une autre qui a dessiné un personnage d’un autre livre lu quelques jours auparavant. Un troisième a dessiné une maison mais en disant que c’était sa maison. On peut penser qu’il a entendu qu’il était question d’un château mais a dessiné son « modèle interne » d’une maison, qui est finalement la sienne. La plupart des autres résultats, représentaient un château de toutes les couleurs, avec pour certain un chat, ce qui montrait que leurs auteurs avaient cerné l’histoire.

Il faut toutefois prendre en compte les limites de ce travail : Ici le dessin est un outil d’évaluation mais qui ne suffit pas à lui même. Il faut demander à son auteur ce qu’il a voulu représenter, pour ne pas se tromper lors de l’interprétation de son dessin. C’est aussi très important lors d’une étude sur un dessin libre d’enfant, et c’est ce que nous allons voir dans cette deuxième partie.

L’interprétation des dessins

Quand l’enfant dessine, il est complètement libre de représenter ce qu’il veut. C’est un moyen pour lui de s’exprimer, d’extérioriser ses sentiments, les événements de sa vie ou les petites choses qui le tracassent. Roseline Davido dans son ouvrage « la découverte de votre enfant par le dessin », donne des outils simples pour comprendre les dessins des enfants. Elle s’est inspirée des idées de Widlöcher dans  « l’interprétation des dessins d’enfants » et en a fait une synthèse plus facile à comprendre.

Les traits

Les traits ont déjà une signification différente qu’ils soient d’une intensité forte ou faible. Si l’enfant appuis très fort sur son crayon, jusqu’à parfois déchirer le papier,  c’est un enfant plutôt agressif. Au contraire si il fait des traits fins, à peine marqués, qu’il a besoin de s’y prendre à plusieurs reprises, ça montre une certaine timidité. De même les dessins sales, brouillons pleins de ratures, de gommage, sont signe d’un manque de confiance en soi et cet enfant pourra avoir des difficultés d’écriture. Les différentes lignes, courbes ou droites, mettent en évidence deux types d’enfants. Quelqu’un de doux et sensible aura tendance à utiliser les lignes courbes, quand à l’enfant réaliste et plein d’initiatives, tracera des droites et des angles marqués. Des signes plus spécifiques comme un abus des lignes horizontales peuvent expliquer des conflits psychologiques. De même, beaucoup de petits points et de petites taches a pour auteur un enfant méticuleux. Les traits reflètent aussi des sentiments, ils sont copiés par rapport à certains éléments de la nature. Par exemple les branches tombantes d’un saule pleureur dans un dessin a une connotation de tristesse. De même, en général quand on veut exprimer de la joie, on dessine des traits ascendants, pour l’agitation des traits brisés et irréguliers…

La gestion de l’espace

La taille du dessin lui même et la façon de remplir l’espace du support utilisé est à interpréter. Un enfant avec un manque de maturité se traduira souvent par un dessin qui remplit complètement la feuille. La feuille peut être divisé en plusieurs zones : le centre, le haut et le bas, la gauche et la droite. Ces derniers sont des indicateurs de temps, le passé pour la gauche, représentant aussi la mère, et le futur tourné vers le père et le progrès pour la partie droite. Le centre correspondant bien sûr au présent. Quand aux lignes dirigées vers le haut et vers le bas, elles traduisent respectivement le côté mystique et matérialiste. Un enfant équilibré aura tendance à centrer son dessin, alors qu’un dessin trop haut traduit l’orgueil de son auteur et un trop bas est signe de stabilité.

Les couleurs

 

L’utilisation des couleurs correspond à un âge et peut aider à déceler des malaises ou à déterminer un peu mieux les traits de caractère d’un enfant.
Le rouge : son utilisation exclusive avant 6 ans est tout à fait normale mais peut indiquer une tendance à l’agressivité au delà.
Le bleu : il semblerait que les enfants qui l’utilisent avant 5 ans aient un comportement plus contrôlé que ceux qui utilisent le rouge. Son emploi à 6 ans correspond à une bonne adaptation. Utilisé exclusivement, il peut signifier un contrôle de soi trop important.
Le vert : son usage est comparable à celui du bleu et traduit plutôt l’état des relations sociales de l’enfant.
Le jaune : très souvent associé au rouge, ou utilisé seul, il révèle parfois une très grande dépendance de l’enfant vis à vis de l’adulte
Le brun ainsi que les teintes sales : traduisent une mauvaise adaptation familiale et sociale ainsi que les divers conflits de l’enfant.
Le violet : est rarement utilisé par les tout-petits. Il est signe d’inquiétude et souvent associé aux périodes d’adaptation difficiles. Il est parfois renforcé par le vert.
Le noir : il peut être utilisé à n’importe quel âge mais son symbolisme est particulier au moment de la puberté où il révèlerait surtout la réserve et la pudeur des sentiments.

On peut aussi interpréter les associations des couleurs entre elles. Ainsi un enfant extraverti qui montre parfois une tendance à l’instabilité, utilisera un grand nombre de couleurs et notamment des couleurs chaudes. Au contraire l’utilisation de très peu de couleurs (une ou deux) est faite par des enfants timides et pas très actifs.

Le sensoriel et le rationnel

Widlöcher nous décrit grâce à l’interprétation des dessins, deux types d’enfants. Tout d’abord le sensoriel dont les dessins sont une accumulation d’objets familiers, se qui leurs offrent une grande richesse. Il a le souci du détail et est très réaliste dans ses représentations. Les effets de couleurs donnent une impression de lumière et de mouvement. Les dessins de l’enfant sensoriel sont très dynamiques à l’inverse de ceux de l’enfant rationnel. Ce dernier donne sa priorité au dessin et non à la couleur. Il a une construction précise, équilibrée, mais statique. Il aime les traits nets, symétriques, et laisse des espaces vides entre les différents éléments d’un dessin.

Bien sûr c’est la description des deux extrêmes et un enfant peut passer par les deux types de dessins suivant les périodes de son évolution. Les dessins traduisent soit ce que l’enfant ressent de lui même, soit ce qu’il voudrait être.

Exemple d’interprétation : l’enfant et sa famille

Le test de la famille est un test parmi d’autres pour détecter la présence ou non de problèmes chez l’enfant. Widlöcher rapporte la codification du Professeur Maurice Porot. Tout d’abord on demande à l’enfant de dessiner sa famille. L’observation dès le début de la représentation est très importante. En effet, il faut noter l’ordre dans lequel les personnages vont être dessinés, les hésitations et les ratures… On fait attention aux commentaires de l’enfant pendant l’exercice, et au nom qu’il donne aux différentes personnes. L’étude du contenu se fait ensuite suivant plusieurs étapes. Roseline Davido propose quelques explications sur la représentation de la famille. Le premier personnage dessiné est fréquemment un membre de la famille qui joue dans la vie de l’enfant le rôle le plus important. Si c’est le père, il est généralement placé au milieu de la feuille pour les garçons et avec beaucoup de détails virils (barbe, boutons au veston…) pour la fille. La mère est souvent au milieu à côté du père, mais il arrive qu’elle en soit séparée, l’enfant est préoccupé dans ce cas par les conflits du couple. Il arrive que les parents soient absents du dessin et on peut penser dans ce cas que l’enfant en a honte. Le sujet peut se dessiner le premier et au centre, traduisant ainsi ses tendances narcissiques. Les frères et sœurs peuvent eux aussi être absents avec pour excuses, « il n’y avait pas assez de place sur la feuille » ou « j’ai pas eu le temps ». Ou bien si ils sont présents, ils peuvent être inachevés, ratés…Cela traduit une jalousie de l’enfant envers eux. Au contraire certains enfants vont s’inventer un frère ou une sœur, peut être pour communiquer un manque. La façon que l’enfant a de se dessiner par rapport à cette famille peut être différente aussi selon les cas. Son âge peut ne pas correspondre à la réalité, il peut être plus jeune pour prendre la place de son cadet par exemple qui traduit encore une fois sa jalousie. La manière dont les personnages sont habillés est représentative des sentiments que l’enfant leur témoigne. Par exemple un enfant qui se sent déprimé ou mal aimé aura tendance à se vêtir chaudement  dans « sa famille ».

Quelques exemples de signes pathologiques

Certaines particularités du dessin peuvent laisser paraître un trouble plus ou moins important chez l’enfant.

– le remplissage (crayonnage d’un élément).

– la stéréotypie (motif répété inutilement).

– les traits impulsifs (vitesse excessive des traits).

– la géométrie (trait géométrique, quadrillage), significative si elle est extérieure au dessin.

– une bouche et des dents soulignées, des détails soignés (chevelure, boucles, ornements, bijouterie, yeux, cils), des couleurs voyantes : enfant méticuleux.

– un dessin minuscule (- de 2.5cm) : signe d’inhibition.

– l’appui du dessin sur le bas de la feuille : manque de confiance en soi.

– une feuille couverte à l’excès : tendance phobique

– l’agressivité : personnage belliqueux, ou dents énormes.

– l’obsession, culpabilité : hachures.

– une sorte d’hystérie : le dessin traduit alors le désir de se mettre en valeur.

-la déprime : personnage de taille réduite, tracé flou, naturé ou ombré, environnement triste (arbre sans feuilles, nuages noirs).

Les limites de l’interprétation

Il faut cependant faire attention quand on veut interpréter un dessin. Pris hors contexte, il n’a pas beaucoup de valeur. Roseline Davido donne l‘exemple d’un garçon qui a dessiné une maison avec des barreaux aux fenêtres, étudié hors contexte on peut se demander si il est bien adapté dans sa famille. En réalité il avait vu un film sur les prisons la veille, et avait tout simplement voulu dessiner ces fenêtres spéciales. De même un enfant encore pas très habile avec un crayon, ne dessine pas correctement les choses et on peut mal l’interpréter donc il est préférable parfois qu’il fasse lui même les commentaires et les explications de son dessin. Le dessin doit être séparé le moins possible de son contexte.  Pour ne pas faire de mauvaises interprétations concernant l’étude sur l’intensité des traits vus plus haut, il faut vérifier que le crayon utilisé n’était pas mal taillé par exemple, de ce fait, les traits dessinés par l’enfant seraient faussés. Parallèlement, par rapport aux couleurs utilisées, il faut que l’enfant ait eu le choix dans ses feutres ! Si il avait à disposition qu’un gros feutre noir, ça ne l’empêchera pas de dessiner mais l’interprétation qu’on peut faire sera elle aussi faussée.

Conclusion

 

Tout au long de ce dossier, nous avons vu que le dessin a été beaucoup étudié mais qu’il reste encore mystérieux du point de vue de la compréhension de l’enfant.

En effet, il est très lié à son développement psychomoteur et psychique comme nous l’avons constaté dans la première partie. Il nous permet donc de situer l’enfant dans le cours de son développement. De plus, la deuxième partie nous a permis dans un premier temps de « rentrer » dans la tête de l’enfant pour comprendre sa démarche par rapport au dessin. Grâce à cela, nous avons pu saisir en quoi le dessin pouvait être utile dans l’enseignement. Dans un deuxième temps, les quelques notions d’interprétation que nous avons développées nous ont initiées à la compréhension de l’enfant par son dessin. Le dessin reflète et le caractère et les sentiments qu’il ressent envers ce qu’il vit, ce qui peut nous permettre de mieux le comprendre.

Cependant, l’interprétation est à prendre avec du recul, il ne faut pas s’alarmer trop facilement au moindre trait de travers. Les dessins des enfants sont beaucoup plus complexes que ce que l’on pourrait croire. L’enfant suit certes un développement artistique chronologique mais il peut à tout moment revenir à un stade précédant sans que cela ne soit significatif. De plus, l’interprétation d’un dessin ne peut pas se faire hors contexte, on ne peut pas faire des conclusions uniquement sur un dessin. Il faut, pour une réelle étude, suivre de nombreux dessins d’un enfant, avec ses propres commentaires, et en relation avec son milieu de vie. Et, même avec toutes ces précautions, on ne peut jamais être certain de bien cerner l’enfant.

A notre échelle, en tant que futurs enseignants, le dessin sera un outil ; d’une part pour vérifier la bonne compréhension de l’enfant dans les différentes activités d’apprentissage et pour développer son sens de l’observation, d’autre part pour nous interpeller si le dessin contient des signes de problèmes. Encore une fois il faudra savoir faire la part des choses et utiliser d’autres moyens pour confirmer le problème s’il existe.


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